9 questions avec Pauline de Poétique Paris

Mis à jour : sept. 10

Je suis vraiment ravie de l'interview de cette semaine. C'est avec Pauline, de la marque française Poétique !

Poétique, tu connais déjà peut-être, c'est LE blouson en cuir, version végane.

Une des premières marques de mode végane sur laquelle je suis tombée, avec Ashoka, lorsque je cherchais des vêtements sans cuir. Poétique, comme Ashoka, utilise de l'apple-skin (cuir de pomme), mais pas que !


On en a parlé avec Pauline, je te laisse avec notre discussion.

Quel est le concept de ta marque et depuis combien de temps existe-t-elle ?


Poétique Paris a été créé par mon associée Cattleya et moi. Cattleya est actuellement en congé maternité, c'est le premier bébé Poétique. Du coup je nous représente nous deux aujourd'hui.


On a créé Poétique en Mars 2018, donc cela fait bientôt 2 ans. Mais, on travaillait sur le projet depuis bien 4 ans. En fait on cherchait, comme tu as pu le faire toi ou la plupart des nouveaux véganes j'imagine, des marques qui respectaient les hommes, les animaux et l'environnement. Il y avait les marques de luxe comme Stella McCartney (*ndlr qui fait des sacs sans cuir animal depuis plusieurs années maintenant et a banni la fourrure), et les marques de fast-fashion en simili-cuir. Mais il n'y avait rien entre. Et surtout, aucune alternative responsable, car pour nous, la fast-fashion n'était pas une alternative valable.

Du coup on s'est dit : on va essayer de lancer notre propre marque avec pour objectif de remplacer le cuir.


On a fait notre étude de marché, notre crowdfunding, ça a bien pris, et la marque s'est lancée en Mars 2018.

Etant novices avec Cattleya on tente des choses, avec plus ou moins de succès. Maintenant on a compris que ce qui plaisait c'était les intemporels donc on travaille là-dessus : le biker, la jolie jupe, le petit short, revisités en plus versions plus respectueuses de l'environnement.


Pourquoi avoir choisi le cuir en particulier ? Et le blouson en cuir, pas la maroquinerie ou d'autres pièces par exemple ?

Pour moi le cuir a une identité très forte. Quand je parle du cuir j'entend le blouson en cuir en particulier, porté par tous les rebelles. Il a encore un peu cet esprit-là aujourd'hui. Le blouson en cuir est une pièce qui a été portée par tous les rebelles. Gainsbourg, Renaud, même plus récemment avec Beyoncé ou Rihanna.

Il est dans tous les dressings féminins. Ou du moins le cuir l'est avec une jupe en cuir par exemple.

Du coup, notre réflexion a été de se dire qu'être rebelle aujourd'hui, c'est peut-être se ré-approprier ce blouson biker et le porter différemment, avec des alternatives respectueuses.

On avait vraiment envie de revisiter le cuir, proposer des jolies pièces en cuir, mais sans cuir ! C'est pour cela que sur notre site, nous avons écrit notre devise : " Alternative leather for everyday rebels".


Dans la mode végane on a finalement pas mal de matières à éviter, il y a aussi la soie ou la laine par exemple, pourquoi avoir choisi de vous concentrer sur le cuir ?


En plus de notre attirance pour le blouson biker, il faut aussi savoir que le cuir est une matière très répandue et ultra-polluante à produire et source de souffrances humaines et animales - pour moi c'est trois volets indispensables à travailler -, pour moi ce n'est pas ça être rebelle.

La majorité des cuirs qui sont tannés aujourd'hui le sont dans des pays en voie de développement. Au Bengladesh par exemple. Et ces pays en souffrent.

Alors, tout le monde n'est pas forcément au courant mais il faut savoir que dans le processus de tannage du cuir, il y a beaucoup d'étapes chimiques avec des produits très toxiques comme le chrome. Les eaux sont donc ultra-polluées, les gens travaillent à mains nues sans protection. C'est donc un vrai fléau pour les ouvriers mais aussi pour les habitants de la zone qui utilisent l'eau ensuite.

Attention, il y a des cuirs qui sont très bien tannés. Je ne veux pas diaboliser. Mais le fait est qu'aujourd'hui, la majorité des conditions de tannage sont désastreuses au niveau environnemental et humain. Et je ne parle même pas de la question animale...

Même en restant proches de chez nous, en Italie par exemple, on peut se rendre très facilement compte de la toxicité liée à la production de cuir en visitant les villes-tanneries.

Après, les choses sont lentement en train de changer car l'industrie du luxe prend peu à peu conscience du problème. Même si ce n'est pas parfait c'est un début.

Que faisais-tu dans la vie avant de te lancer ? As-tu eu une prise de conscience qui t’a poussé à te lancer dans la mode végane ?


Alors moi j'ai un parcours classique école de commerce. J'étais commerciale et je vendais des solutions informatiques donc pas grand chose à voir avec ce que l'on fait aujourd'hui !

Cattleya venait plutôt du marketing.

On s'est retrouvées dans le digital : j'étais commerciale et elle était account manager.


Cela faisait 10 ans que j'avais envie de lancer une boîte. J'attendais la bonne idée. J'attendais de rencontrer la bonne associée aussi, car lorsqu'on se lance à deux il faut être complémentaires. C'est ce que j'aimais bien avec Cattleya, elle avait cette casquette plus marketing. Elle avait aussi des appétences fortes pour le véganisme à l'époque, moi j'avais envie de faire bouger les choses dans la mode et on s'est retrouvées sur ce projet.

On avait envie de vendre du glamour, mais le vendre bien !


Chez Poétique, ce qui m’a sauté aux yeux c’est l’irréprochabilité au niveau des matières utilisées. L’apple-skin, l’alter-cuir de céréales avec impact CO2 zéro, cela va jusqu’au boutons en laiton recyclé et l’étiquette en polyester recyclé également ! Peux-tu nous en dire plus ? Et concernant votre alter-daim, il est à base de coton et de polyester, est-il également éco-responsable ?


J'aimerais que l'on fasse encore mieux sur la partie alternative au cuir car il reste toujours une petite partie résine. Cela reste malgré tout mieux que du cuir qui est tanné au chrome, mais il y a encore une petite amélioration sur laquelle travailler ! L'alter-cuir était pour nous néanmoins la meilleure option car elle cochait les cases "éthique" ET "éco-responsable". On essaye à chaque fois de trouver le mieux et de chercher en permanence à nous améliorer.


Concernant les alternatives au cuir, on en reste aux débuts. Le cuir de pomme a à peine 10 ans, le cuir de céréales doit être un peu plus vieux, celui de maïs aussi - qu'utilise la marque Veja pour ses baskets -, cela reste tout de même assez récent.

Alors que sur les doublures et les petits accessoires il y a pléthore de solutions pour faire mieux ! Notre objectif était toujours de favoriser dans ces cas-là le recyclé.

Les doublures 100% plastique recyclé ne viennent pas de plastique recyclé symple par exemple mais bien de réelles bouteilles en plastique. Ces bouteilles viennent de centres de tri en France et en Italie, elles sont ensuite filées en Italie et tissées en France. C'est donc une matière franco-italienne.

Et pour les accessoires on fait au mieux pour les trouver en recyclés aussi.


Notre question est toujours, lorsque l'on veut réaliser quelque chose : "comment faire pour que cela ait le moins d'impact possible?". Tout en restant bien sûr dans une démarche esthétique.


Concernant notre alter-daim, il est à base de coton et une petite part de polyester pour donner cet aspect daim qui serait impossible à obtenir sinon. On le propose mais cela reste une pièce "lookbook" éphémère, d'été. Mais nos intemporels restent les pièces en alter-cuir. Cela ramène un peu de couleur parmi tout ce noir !

On apporte aussi notre petite touche originale avec nos doublures à motifs !

Il n’y a actuellement qu’une coupe de blouson en cuir (hors teddy) disponible. Est-ce que vous ambitionnez de proposer plusieurs coupes différentes : oversize, long, court etc.


Oui complètement ! On a d'ailleurs des toiles en cours. Les toiles c'est ce qui précède le prototype et après on passe en production. C'est dans du tissu, avant de passer au prototype dans nos matières.

Le problème c'est que cela coûte de l'argent de développer des modèles et on ne peut pas tout faire. Aujourd'hui on a plein d'idées de toiles et de modèles en tête, on voudrait faire plein de choses mais malheureusement on doit faire des choix.

La situation actuelle (avec le COVID-19) en plus n'arrange pas les choses... C'est d'ailleurs d'autant plus important en ce moment d'aider les petites marques comme nous. On a conscience que l'on propose un prix premium, on tente parfois de faire quelques petites soldes mais c'est compliqué car fabriquer en France des produits avec notre qualité de matière et sourcé localement cela a un coût... Donc pour faire tourner la boîte, même pas en vivre mais juste faire tourner la boîte, il faut mettre un certain prix. Nous avions d'ailleurs fait un article là-dessus sur notre BLOG.


Du coup on a des idées mais on doit faire des choix et ce sera pour plus tard. En tout cas c'est notre but oui d'étendre la collection ! On est encore tout bébé on a que 2 ans donc ça viendra !


En ce moment il y a quelques pièces à prix réduit disponibles sur le E-SHOP pour pouvoir découvrir nos blousons : le Brady et la veste Bellevue.


Que penses-tu de la mode dans le système actuel ? Comment la changer : par une révolution ou petit à petit ?


Pour continuer sur la politique de prix premium, c'est vrai qu'on est très habitué.e.s aujourd'hui à trouver des vêtements pour quelques dizaines d'euros. Du coup, dès qu'on a un prix un peu plus élevé ça fait tiquer. Mais c'est le vrai coût des matières et du travail derrière...

On a peut-être été mal habitués. Après, quand on est sur des très gros volumes on peut aussi faire jouer les prix. Mais comme nous, chez Poétique, on a des volumes plus restreints car on est une petite marque. Malgré tout, même en faisant jouer sur les volumes, lorsque l'on a un t-shirt à 3€ il faut se poser des questions. Même 10€. Il faut les fabriquer, acheter le tissu, le transport (car souvent ce n'est pas fait en France), les boutiques (car ils sont souvent vendus en magasin physique). Il reste quoi après pour la personne qui l'a confectionné ?

Il ne s'agit pas de culpabiliser les gens, certains n'ont pas les moyens et cela reste une façon de s'exprimer à travers un vêtement, mais nous sommes là pour proposer une alternative et justifier notre prix que l'on est obligés de mettre.



Poétique travaille avec un atelier social de femmes en réinsertion à Calais. En quoi était-ce important pour vous ? Était-ce aussi important que ce soit des femmes en particulier ?


Nous voulions être respectueuses sur toute la chaîne de production. On n'est bien sûr pas encore parfaites mais on s'améliore toujours. Aujourd'hui, tout notre sourcing provient de France ou d'Italie, on connaît tous nos fournisseurs. On a vraiment une volonté de transparence et de traçabilité au maximum.

Nos doublures sont en bouteilles plastiques recyclées, nos boutons et nos zips sont en laiton recyclé, nos cuirs en déchets céréaliers ou de pomme, etc. Une fois que l'on a tout rassemblé, pour l'assemblage, on s'est posé la question des ateliers. On a fait des rencontres en France et on a donc sauté sur l'occasion pour travailler avec ces personnes. Cela nous arrangeait de travailler localement d'un point de vue responsable.

2 ateliers ont été sélectionnés par nos soins. Un pour les pièces un peu compliquées et qui nous accompagne aussi parfois sur le développement car nous ne venons pas de la mode avec Cattleya. Et un autre atelier pour les jupes et les shorts. C'était notre première rencontre : Angélique. Elle gère un atelier social pour les femmes en réinsertion. Elle nous a accompagné depuis le début avec le crowdfunding.


Un atelier social de femmes en réinsertion permet à des femmes sorties du monde professionnel (avec des vies pas toujours faciles) de retrouver un rythme professionnel, faire des rencontres, acquérir une nouvelle compétence en couture etc. Le but n'est pas qu'elles restent à vie dans cet atelier donc il y a beaucoup de turnover aussi. Les deux chefs encadrantes restent par contre et sont donc là pour les former. En effet, il y a un travail de formation à refaire sur les matières à chaque fois que des nouvelles personnes arrivent. Ca prend parfois du temps mais c'est un vrai plaisir ! Et on le gardera tant qu'on le pourra. En tant qu'entreprise fondée par deux femmes c'était aussi important pour nous d'aider d'autres femmes.

Pour terminer, quelle autre marque ou créateur/trice de mode éthique adores-tu ?


J'adore le vintage, surtout la marque Imparfaite ! J'ai des jeans de là-bas et à chaque fois on me dit qu'ils sont tops.

Ce sont des Levi's 501, je trouve ça mieux que d'acheter des Levis neufs. Ce sont d'ailleurs aussi deux femmes qui ont créé Imparfaite.


Egalement, j'avais rencontré à la Station F (car on a travaillé là-bas un moment), une marque de maillots de bain qui s'appelle Anja. La créatrice est canon, sa marque aussi et ça cartonne donc c'est top à voir ! On a commencé ensemble et c'est cool de voir son ascension.


Et enfin Stella McCartney qui est une pionnière dans le milieu. Même si ses sacs sont en PU, ils restent produits en Italie dans de meilleures conditions que la plupart des cuirs. Elle a posé les bases et a commencé la polémique autour du cuir.

Je m'appelle Emma, j'ai 23 ans.
Minimaliste, végane et féministe décoloniale.


Je parle de mode, un secteur qui rassemble de nombreux systèmes d'oppressions.

J'ai décidé de déconstruire ces structures et de créer la mienne.
J'ai décidé de quitter le salariat et vivre de ce qui me fait vibrer.

J'ai décidé d'oeuvrer pour une société plus éthique et d'y créer ma place.

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