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Bonjour Nuage, j'ai changé mon prénom

N°33. Pride, prénom et identités fluides


Le 12 Juin 2023

 

☁️ Bonjour Nuage,

Tu sais que j’ai changé mon nom il y a quelques années maintenant. Déjà.

Ça passe vite.

Et j’avais envie d’en parler car ma relation à tout cela a beaucoup évolué depuis. Il y a eu un phénomène d’apprentissage, de découverte de qui j’étais et qui je suis, de mes multiples individualités et de la société dans laquelle on est.

Et puis c’est la Pride ce mois-ci. Donc même si j’ai la sensation que ma “queerness” est indissociable de mes neuroatypies, et que cela me fait hésiter lorsqu’il s’agit de partager mon ressenti ou expérience (car elles sont intersectionnelles), j’avais envie de t’en parler.

Je t’avais parlé de perception et de langage dans le premier hors-série Bonjour Nuage de Mai, je te laisse aller l’écouter avant ou après avoir lu cette lettre. C’est comme tu veux.

Mes parents m’ont donné le nom d’Emma. Et, dès l’enfance, j’avais commencé à le transformer, à le tourner dans tous les sens pour créer d’autres noms, surnoms et termes dans lesquels je m’identifiais plus. Ou, plutôt, qui me permettaient d’englober tout ce que j’étais et de représenter mes facettes.

Ma mère m’a appelé comme ça pour Emma Bovary, le roman de Jane Austen, et pour une actrice anglaise qu’elle aimait beaucoup dont le nom m’échappe actuellement.

Elle m’a donc plaqué son propre imaginaire, sa propre représentation de ce que je devais être.

Et, pour moi, c’est cela un prénom aussi.

Cela se mêle fortement à l’idée que nos enfants nous appartiennent, et que l’on a déjà une trajectoire prédéfinie dans notre tête pour elleux, avant même qu’iels naissent. Une trajectoire qui correspond à notre idéal et notre vécu, notre vision du monde.De façon plus ou moins forte selon les parents bien sûr.

Dès le début, on a donc une forme de liberté conditionnelle car on ne s’auto-détermine pas. Inconsciemment, on porte une partie de la volonté de nos parents sur nous.

Ma mère a aussi choisi de positionner un prénom occidental en premier, puis mon prénom malien, plus connoté, ensuite.

Elle l’a fait en ayant conscience de la société emplie de préjugés qui est la nôtre, pour éviter que je sois trop discriminé.e sur mon prénom, déjà que j’étais visiblement métissé.e et avec un nom de famille étranger.

Le changement de nom est clairement un passage emprunté par beaucoup de personnes queer. Et c’était le cas pour moi bien sûr. Mais, c’est allé au-delà du genre. C’était aussi une reprise de pouvoir décoloniale et individuelle sur mes identités.

C’était pour moi une façon d’accéder à l’auto-détermination, en-dehors des cadres parentaux, et coloniaux.

C’était une forme d’émancipation de ce qui me possédait et m’étouffait : les normes sociales au sens large.

Pourquoi avoir un prénom qui nous définit et nous détermine toute la vie, alors même que notre existence est fluide et en constante évolution ? Ça n’avait pas de sens pour moi.

C’était m’autoriser à remettre en question tout ce qui régit notre société et que j’avais du mal à comprendre en tant que personne autiste et multiple depuis l’enfance.

C’était aussi une façon de me reposer. De laisser Emma, qui avait tant du prendre sur elle, un peu au calme dans le monde intérieur de ma tête, et laisser quelqu’un d’autre se mettre en place et gérer le monde pendant un temps.

Aujourd’hui, je la vois différemment. Avec moins de stress et plus d’amour. Elle est de retour dans un petit coin, et cela lui suffit. C’est assez, car plus la submergerait à nouveau.

Je vois maintenant ce prénom de façon plus positive. En ayant conscience de la personne que j’ai été, et du respect pour mes parents et leurs parcours de vie.

Si à un moment j’avais envie de complètement effacer cela car c’était trop de vécu et d’informations à gérer, je suis aujourd’hui plus apaisé.e à l’idée de garder ce prénom en deuxième, troisième ou quatrième prénom.

Embrasser tout ce que je suis, ai été, et ce qui me compose aujourd’hui.

Ce n’est pas un pas en arrière et un retour à ce qui était, mais plus une harmonie entre tous les prénoms et identités qui me constituent. Et je trouve ça beau.

Pour autant, je ne souhaite pas qu’on utilise mon prénom originel à tout bout de champ. En particulier lorsqu’il s’agit de personnes non-autorisées à le faire. Car cette partie de moi n’a ni le besoin ni l’envie d’être sollicitée comme avant.

C’est amusant car ce prénom est utilisé de façon intime par ma mère, quand elle parle de ou s’adresse à “SA fille”, et par les personnes que je tiens à distance. Celles qui ne me connaissent pas et que j’ai la flemme de corriger car je sais que de toute façon je ne voudrais pas aller plus loin avec elles dans notre relation. Donc c’est à la fois utilisé dans l’intime, et dans l’impersonnel. Mais, dans ce deuxième-cas, c’est la façade qui se met en place : aucun lien ne se créé, on est dans le superficiel et l’administratif. Est-ce que tu vois ce que je veux dire par là ?

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