Comment j'ai appris à aimer mes cheveux crépus

On ne compte plus les critiques faites aux cheveux crépus. Entre les "pas professionnel", "sale", "impossibles à dompter" et le simple et efficace : "moche", le ton est donné.


Je me souviens du scandale il y a quelques années lorsque la chroniqueuse de W9 Capucine Anav avait affirmé que ses cheveux abîmés étaient secs et moches : crépus quoi. A ce moment-là, beaucoup s'étaient indigné'es. Mais c'était surtout des femmes noires. D'ailleurs Capucine avait refusé de s'excuser en disant que si la communauté noire le prenait aussi mal c'était peut-être car elle avait honte de ses cheveux au fond.

Je ne saurais dire si c'est un toupet phénoménal ou un cruel manque d'éducation sur le sujet. Sûrement un mélange des deux.


Les cheveux crépus, aussi appelés cheveux afros, sont mal perçus dans notre société où les physiques blancs et occidentaux sont la norme. C'est d'ailleurs pour cela que les défrisages, perruques et tissages sont si populaires au sein de la communauté noire. Si depuis quelques années, la mode du "naturel" s'installe, il y a encore du chemin à faire.

Je vais donc rentrer avec toi dans le mode fabuleux du cheveu afro en te racontant l'évolution de ma relation avec mes propres cheveux, ainsi que l'histoire du cheveu crépu à travers les âges.

Si tu n'es pas noir'e, tu trouveras dans cet article une mine d'informations pour mieux comprendre le vécu des personnes noires, la réalité du cheveu crépu et des clés pour combattre tes préjugés raciaux.

Si tu es noir'e, tu vas sûrement te reconnaître dans mon histoire. Peut-être que cela te donnera aussi des clés pour apaiser ta relation avec tes cheveux. En tout cas je l'espère.


On s'y met ? C'est parti.

avant : TW esclavage, colonisation et racisme (ces passages seront surlignés si tu souhaites les sauter)


Contrairement à de nombreuses personnes ayant été socialisées en tant que femmes afro-descendantes, je n'ai jamais défrisé mes cheveux.

Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé : j'ai harcelé ma mère pendant toute mon enfance pour que celle-ci accepte de me faire défriser les cheveux comme toutes mes cousines et tantes. Néanmoins, étant blanche, celle-ci ne comprenait pas mon envie. Elle ne voyait dans cette pratique que la dangerosité des produits chimiques et irritants utilisés pour lisser nos cheveux.


Aujourd'hui, je me dis que c'est tant mieux, mais à l'époque je ne pensais pas du tout ainsi.


Je n'aimais pas mes cheveux. Je les voulais lisses comme les enfants blancs que je voyais autour de moi. Le seul moment où je les trouvais à peu près jolis était après le shampoing, lorsqu'ils étaient trempés et alourdis par une bouteille entière d'après-shampoing.

Pourquoi ? Car à ce moment-là, ils devenaient ondulés, et surtout : ils bougeaient lorsque je tournais ma tête.


Si tu n'as pas toi-même les cheveux crépus tu dois sûrement rire en lisant cette phrase qui te paraît absurde. Si tu es noir'e, tu vois ce dont je veux parler.


En effet, nos cheveux ont une boucle tellement serrée qu'ils ne bougent pas avec le vent ou lorsque l'on bouge notre tête. Impossible donc de reproduire la publicité L'Oréal. Et ça, lorsque tu as 5-6 ans, c'est dans le top 3 des drames de ta vie.


Le colorisme, ce système de pensée découlant directement du racisme, nous incite à croire que plus ton cheveu est lisse, mieux c'est.


Le colorisme nous vient directement de la période esclavagiste.

A ce moment-là, avoir un physique qui se rapprochait des personnes blanches (peau plus claire, cheveux plus lisses, nez plus fin, etc.) permettait aux esclaves de nourrir l'espoir d'être mieux considérés et mieux traités par leurs maîtres. En effet, les esclaves plus clairs ou métissés étaient assignés aux travaux de la maison plutôt qu'aux champs par exemple. Un test très célèbre était celui du "Brown paper bag". Tu vois les sacs en carton marron dans lesquels les Américains mettent leurs courses et leurs commandes de fast-food ? Eh bien on plaçait ce sachet à côté du visage des esclaves. Si iels étaient plus foncés que le sac, iels étaient envoyés aux travaux les plus éprouvants. Il existait aussi le test du peigne dans lequel on passait un peigne à dents fines dans les cheveux des esclaves. Si le peigne restait coincé, alors cela signifiait que ses cheveux étaient "trop crépus" et iel recevait le traitement correspondant.


Bref, le colorisme c'est donc une pensée qui est ancrée en chacun'e de nous et qui nous pousse, même au sein de la communauté noire, à vouloir nous rapprocher le plus possible du physique occidental pour survivre et éviter les discriminations dans un monde dominé par la blanchité.


Mes cheveux étaient donc trop crépus à mon goût. Je portais des tresses la plupart du temps, et lorsque nous avons quitté l'Afrique, ma mère a tenté de me coiffer comme elle pouvait (en attachant mes cheveux en chignon etc.).

A l'adolescence, j'ai voulu apprendre à m'occuper de mes cheveux moi-même et ai regardé de nombreuses vidéos YouTube d'américaines qui prônaient à l'époque le "natural hair". Elles partageaient leur savoir sur comment prendre soin des cheveux crépus de façon naturelle en revenant parfois à des savoirs quelque peu perdus depuis la période esclavagiste et la colonisation.

En effet, la tête des esclave était rasée à leur arrivée en Amérique. Cela était dans un but sanitaire d'abord : pour éviter la prolifération de poux, de puces et autres parasites qui pullulaient dans les conditions de vie insalubres imposées aux Africain'es. Ensuite, cela permettait aussi aux maîtres d'effacer toute trace du passé des esclaves ainsi que tout rattachement culturel. En effet, les coiffures étaient souvent symboles d'ethnies, tribus et classes sociales. Raser la tête des esclaves permettait donc d'achever le processus de déracinement des Africain'es.

La colonisation quant à elle, a imposé aux Africain'es resté'es sur le continent d'abandonner leur culture et leurs traditions au profit des pratiques européennes. Certaines façons de prendre soin de nos cheveux se sont donc perdues à ce moment-là.


Mais, certaines personnes avaient réussi à conserver ces savoirs ou à en créer de nouveaux. C'est grâce à leur partage sur YouTube que j'ai donc appris à faire diverses coiffures protectrices et à prendre soin de mes cheveux.

Néanmoins, j'avais toujours cette envie d'avoir des cheveux plus lisses. En effet, dans la communauté afro, les personnes les plus mises en avant sont celles ayant des cheveux de type 3a et 3b (classification de la boucle) plutôt que les personnes ayant des cheveux de type 4a-b-c plus crépus. Cela est dû au colorisme de notre société.


J'avais donc toujours envie de rendre mes cheveux plus bouclés et moins crépus. Également, j'ai commencé à me focaliser sur leur pousse.


Oui, car l'un des préjugés sur le cheveu afro est qu'il ne pousse pas.

C'est faux bien entendu. Il n'y a qu'à voir les personnes portant des dreadlocks jusqu'aux fesses pour s'en rendre compte. Mais beaucoup y croient. On nous le répète en permanence : que ce soit des personnes blanches (ma mère me l'a dit toute mon enfance) comme noires. Ce stéréotype est bien ancré.


La femme noire est souvent rabaissée en raison de ses cheveux crépus et courts. Elle manquerait ainsi de féminité. Dire cela témoigne d'un manque cruel d'éducation sur le sujet pour plusieurs raisons. D'abord, les femmes noires avaient les cheveux courts car, comme écrit précédemment, on les leur rasait durant l'époque esclavagiste.

Ensuite, les cheveux crépus, contrairement aux préjugés disant qu'ils sont très épais et rudes, sont en réalité extrêmement fragiles et cassants. Sans soins appropriés, ils ont donc tendance à se briser. Ils poussent donc, mais la longueur n'est pas conservée et ne change pas car ils se cassent systématiquement au bout.


Je voulais donc à tout prix faire pousser mes cheveux pour aller à l'encontre des préjugés et montrer que les cheveux crépus pouvaient être beaux et longs.


Mais, encore une fois, je me suis rendu'e compte que j'étais dans la représentation et la performance. Pour les personnes blanches ignorantes qui m'entouraient, mais aussi pour les personnes afro-descendantes autour de moi qui manquaient de confiance.

Et honnêtement, il y avait aussi une petite part de racisme intégré en moi qui souhaitait montrer que je n'avais pas totalement des "cheveux de noir" et que les miens étaient plus proches des cheveux de blancs donc mieux que les autres cheveux crépus.


Tu vois comment le manque de représentation, d'information et le racisme ordinaire va loin et s'implante dans nos esprits maintenant ? Il est important que tout le monde en prenne conscience pour faire mieux à l'avenir.


Il y a presque 2 ans, j'ai décidé de me raser la tête.

Enfin, "raser" : j'ai coupé mes cheveux à la tondeuse quoi en laissant quelques millimètres de cheveux. Cheveux que j'ai ensuite décolorés et teints, sans me soucier du fait que cela pourrait les abîmer. A noter que j'étais d'abord passé'e par une démarche intermédiaire avec un carré très court (aux oreilles) avant de me lancer complètement.

A ce moment-là, j'ai décidé de me libérer de toutes les injonctions, les diktats de beauté occidentaux, de la pression de représenter "dignement" la communauté noire etc. Il n'y avait pas que cela car c'est aussi le moment où j'ai accepté mon identité de genre non-binaire et les cheveux étaient aussi un symbole de féminité dont je souhaitais me débarrasser je pense. Donc beaucoup de choses sont entrées en jeu.


Mais on retient que ce fut globalement une démarche libératrice pour moi de tout raser.


A partir de ce moment-là, je me suis débarrassé'e de toutes mes anciennes préoccupations concernant mes frisottis, le coût des produits que je testais pour rendre mes cheveux moins crépus et retenir leur longueur, et la peur de les abîmer.

Maintenant, je m'amuse en testant des choses dans une perspective créative et non dans le but de me conformer à certaines attentes.


Mes cheveux vont s'abîmer avec mes couleurs à répétition, je les recouperais et ils repousseront. Et si ils ne repoussent pas assez vite et que j'ai envie d'avoir les cheveux longs pendant quelques temps, je reviendrais aux tresses avec des rajouts ou aux perruques, sans avoir honte de porter des "faux cheveux" sur ma tête.


Là est l'essentiel, tu ne penses pas ?

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Je m'appelle Âme, j'ai 25 ans.
Minimaliste, végane et féministe décoloniale.


Je parle de mode, un secteur qui rassemble de nombreux systèmes d'oppressions.

J'ai décidé de déconstruire ces structures et de créer la mienne. En tant que coach en image, je t'accompagne dans la construction de ton style vestimentaire : celui qui est à ton image et qui correspond à tes valeurs. Tu es entrepreneureuse ? Je t'accompagne aussi dans ton projet ! 
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