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La chasse à la sorcière (histoire courte)

- l'amour est le socle de nos communautés

 

Kalo était libre. C’est ce qui me fascinait chez elle.

Elle vivait avec le désert, habitait sa rare végétation et respirait ses oasis. 

Sa hutte était à l’écart du village. Pourtant, elle en faisait pleinement partie. Personne ne l’oubliait lorsqu’il s’agissait de nous rassembler. Parfois, elle nous rejoignait. 

Je ne savais pas si cette place avait toujours été celle qu’elle avait occupé. Peut-être qu’un de ses parents avait habité sa cabane avant elle. Mais peut-être aussi l’avait-elle construite elle-même avant de s’y installer. Je n’en avais aucune idée.

J’étais arrivée au village après ma majorité : j’y avais, de ma propre volonté, accompagné ma cousine. Elle s’était mariée. Et moi, qui m’ennuyais et avais besoin de changement, j’avais décidé d’embarquer avec elle vers cette nouvelle vie.Je n’avais pas déchanté. 

Le village s’était montré accueillant, l’intégration facile, et le changement de paysage m’avait grandement inspiré. Et puis surtout, j’avais été captivée par Kalo. Je rêvais de m’en rapprocher. D’apprendre à la connaître. De me lier à cette femme qui m’avait instantanément fascinée.

Lors de la fête de l’Akébi, j’ai réussi.

Elle était belle. J’apercevais son visage danser entre les flammes du brasier. Au centre de la place du village, elle était vêtue de noir et de marron, lorsque nous, les autres, étions en blanc. Sa peau foncée se fondait dans les tissus qu’elle portait, et elle resplendissait. Lorsqu’elle me sourit, je cru me consumer.

Je ne sais où je trouvai le courage de l’inviter à danser. Je crois que je ne réussi pas à parler, je me suis contenté de lui prendre les mains, de la regarder en formulant avec mes yeux une question silencieuse, avant de me laisser entraîner par son corps auquel j’étais maintenant aimantée. 

Nous avions discuté, sauté, et chanté. Elle avait joué du djembé pendant que je tournoyait sur la place dans une danse éreintante. Puis, nous étions allées dans sa hutte, nos corps s’étaient serrés, et nous ne étions plus quittées.

Pendant plusieurs mois, j’ai eu l’impression de rêver. De partager un rêve éveillé, avec elle à mes côtés.

Elle m’apprenait à manier les plantes de sa contrée. Je tissais des paniers et des ornements qui enchantaient les habitants du village auquel, désormais, j’appartenais. 

Nous discutions beaucoup et, par mon influence, elle avait commencé à initier à son art herbacé celles et ceux qui le souhaitaient. Enfants et adultes nous appréciaient et nous réservaient, dans le village et leur coeur, une place dans laquelle, enfin, je pouvait m’épanouir. J’affectionnais particulièrement nos escapades organisées. Nous allions, une à deux fois par mois, nous enfoncer dans les terres sauvages pour nous en imprégner. Respirer, découvrir, et nous lier à la nature qui nous entourait. À chaque fois, j’avais l’impression de revenir changée. Plus liées à Kalo, mais aussi à moi-même, aux plantes et aux animaux. Je me sentais intégrer une forme d’harmonie dont je n’avais auparavant jamais entendu parler.

Lorsque l’on revenait, ma cousine me disait toujours que mes yeux brillaient.

Lorsqu’il fut temps d’accueillir son premier enfant, c’est ensemble que nous l’avons fait. Toutes les trois, entourées par les enfants, les autres femmes du village, les êtres spirituels, puis les hommes formant un quatrième cercle d’énergie autour de nous.

Kalo et moi n’aurions pas d’enfant de notre sang. Nous le savions, mais nous aimions le rôle que l’on avait avec ceux des autres. Ils étaient aussi les nôtres, ceux de tout le village à vrai dire, mais la mission que l’on remplissait auprès d’eux et de leurs parents était unique.


“Je vais l’envoyer”.

La bulle s’est alors brisée. Transpercée par ces mots et leur portée.

Envoyer un enfant dans cette contrée inconnue, d’où venaient des hommes et femmes sans-âmes. J’étais saisie d’effroi.

Les hommes blancs marchaient sur nos terres depuis maintenant plusieurs années. Si aujourd’hui ils ne nous arrachaient plus de force à nos villages, ils avaient trouvé d’autres façons de nous enlever. L’argent. C’était une de leurs inventions. Ils nous la faisaient miroiter, après avoir saccagé et pillé notre environnement pourtant si profondément enraciné dans la vie dont ils faisaient pourtant, eux-aussi, partie.

Ils prenaient les enfants. Nos enfants qui iraient manier des balles chez eux, dans des cages, en échange d’argent pour nous, pour nos enfants talentueux, et surtout pour eux. Tout cela sentait la négativité à plein nez. Mais je ne pouvais pas en vouloir à ma cousine. En faisant cela, elle était persuadée de sauver son dernier fils d’une vie sans avenir sur une terre dépouillée et, qui plus est, rétrécissait de jour en jour.

J’avais envie de pleurer, ou de hurler. La main douce de Kalo se posa sur mon bras. Je tournai la tête pour me plonger dans son regard aussi profond que le ciel étoilé. Après toutes ces années, cela suffisait toujours à m’apaiser. En silence, nous nous levâmes pour revenir à notre hutte.Traverser le village ne réussissait maintenant qu’à m’emplir de tristesse. Il ne serait bientôt plus du tout un havre de paix. Lorsque les colons achèveraient la construction de leur première maison, nous ne serions plus en sécurité. "Sorcières". Les blancs refusaient les unions comme les nôtres, sans que l’on parvienne réellement à l’expliquer.

Nos sacs étaient prêts. 

Le chemin que nous devions emprunter tracé. Sur la route, nous devions récupérer quelques messages, esprits et humains comme nous, avant de rejoindre notre destination finale. Là où on nous attendait.

Au fond de la brousse, un endroit bien trop sauvage pour les hommes blancs. Un village s’était campé. Encore en sécurité. La révolte allait s’y préparer.

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