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Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même : les dangers de la spiritualité new-age


Cet essai fut élaboré et écrit pour être diffusé au format audio et vidéo. Les écrits suivants en constituent donc le script. Pour écouter et/ou visionner l'essai complet, rendez-vous sur ce lien.


Les réactions furent très partagées lorsque j'ai annoncé que ce livre était dans ma PAL (pile à lire) en septembre dernier.

Vous le savez si vous avez suivi la Book Review de Février, je l’ai absolument détesté. En fait ce n’est même pas détesté, une question de goût, c’est que je l’ai trouvé dangereux.


Voilà. Je ne vais pas m’étaler sur mon avis sur le livre car je l’ai déjà donné, et ma critique Babelio résume bien la chose.


Non, on va rentrer en détail sur certains passages qui m’ont vraiment posé problème suite à la requête de Marie par commentaire.

Comme vous voyez il y a quelques points marqués durant ma lecture donc commençons (plusieurs post-its dépassent du livre à l'image).


Cela commence dès la première page où j’ai écrit quelques mots. Pour moi, c’était le début d’un "red flag", d’une alerte.

Affirmer que certaines expériences négatives sont vécues par “notre faute” car on attire ces expériences et aller jusqu’à dire qu’on les choisit puisqu’on choisit sa famille, c’est tout de même un raccourci assez problématique. Car non seulement, c’est très violent pour les personnes qui ont été abusées par leurs familles, mais aussi pour toutes celles qui ont vécu des traumatismes : on leur dit que c’est de leur faute.

Il existe une version longue (scientifiquement viable) qui consiste à dire que les personnes traumatisées reproduisent souvent les mêmes schémas ou les schémas opposés à ceux qu’elles ont vécu et qui les ont marquées, car le cerveau traumatisés replonge dans des situations connues ou prend l’extrême inverse.

Mais le discours raccourci qu’elle tient, et qu’elle saupoudre en plus de l’idée de réincarnation et de pseudo-spiritualité, est vraiment inapproprié.

Mais ce n’était que le début et j’allais dans cette lecture avec l’esprit ouvert donc je me suis dit : “bon on va bien voir, j’ai peut-être mal compris”.

Il y a aussi la mention d’un Dieu intérieur, sans explication, ainsi qu’un cadre de réincarnation qu’elle pose comme ça, on ne sait pas si elle l’a sorti de sa petite caboche ou en empruntant les concepts à plein d’autres spiritualités pour en faire son cocktail, donc bon… Tout est assez flou, et dans ce domaine, ça devient louche.


Le bodyshaming (grossophobie mais pas que)

Rentrons maintenant dans un des fils directeur de ce livre et de sa pensée : le body shaming.

Chaque blessure est illustrée par des illustrations de corps, avec une description qui va avec. On ne s’étalera pas sur le fait qu’on a un renforcement de la binarité des genres dans les illustrations, et dans tout le bouquin parce que c’est le cas dans la plupart des livres de spiritualité new-age de toute façon, ce n’est pas propre à celui-ci.

Mais, on va s’attarder sur les jugements émis sur les morphologies et les corps qui pourraient créer des complexes et de la dysmorphie corporelle.

pages citées : p.32 et p.170


Troubles psys et traumatismes

Page 32, elle décrit des symptômes de déréalisation, dépersonnalisation et dissociation sans les nommer comme tels, et émet un jugement de valeur sur des symptômes réels de troubles psychiatriques liés à un passé traumatique (syndrome du choc post-traumatique simple et/ou complexe, troubles dissociatifs, etc).

Le gaslighting est fréquent avec l’emploi de tournures de phrase comme “on peut avoir l’impression que … mais ce n’est pas la réalité” comme p.171. Ce qui n’est pas la chose à dire du tout à des personnes qui ont été blessées et/ou traumatisées car souvent, elles ont déjà tendance à minimiser, à nier, voir à oublier (consciemment ou inconsciemment) les faits. Il est donc dangereux de tenir ce genre de propos. Et encore plus envers une personne qui a des troubles psys comme ceux qu’elle ne cesse d’évoquer à demi-mot tout du long.


Et on pourrait dire : “oui bon bah c’est juste un livre, si on a de réels problèmes on va voir un.e pro”.

Le souci est qu’elle se pose en experte du sujet. Le problème est qu’elle évoque les traumatismes et les troubles psys et physiques qu’ils peuvent engendrer (enfin rien n’est sourcé donc on doute de ses conclusions), mais le fait est qu’elle parle de traumatismes durant tout le bouquin. Donc, son livre s’adresse à des personnes traumatisées, ou à leur entourage. Elle n’a pas mis de disclaimer avant genre : si vous avez un CPTSD, PTSD, tels troubles psys, telle neuro-atypie, telle maladie etc. mes conseils ne sont pas valables. Non, pas du tout. Elle va même dans le sens opposé en disant que l’on peut guérir certains troubles et maladies grâce à ses conseils.

Donc, c’est dangereux.


Neuro-atypies

pages citées : p.39

Parlons des neuro-atypies.

De nombreux “symptômes” qu’elle mentionne sont des critères de diagnostic de l’autisme en particulier. Elle les présente comme des problèmes, s’en moque, les dénigre.

Elle ne nomme jamais l’autisme bien sûr, comme elle ne nomme aucun trouble psy d’ailleurs, certainement pour éviter toutes représailles (public ou légale), mais le fait qu’elle pointe ces traits (qui sont des traits autistiques) comme des tares dont on doit se débarasser, rapproche son discours des discours validistes et eugénistes.

Et en tout cas, il est loin d’être éclairé, inclusif ou bienveillant.


La pseudo-médecine

pages citées : p.48

À chaque blessure, en fin de chapitre, on a aussi une liste de problèmes médicaux pouvant être déclenchés par la “blessure de l’âme” en question. Elle n’hésite pas à parler de cancer, sans aucune honte.

De diabète, elle parle de “maniaco-dépression” qui est un terme largement périmé, problèmes de thyroïde, respiratoires, etc.

Et ce sans aucun fondement médical ni psychologique.

C’est vraiment du n’importe quoi, et placé entre les mauvaises mains ça peut être dangereux. Et je parle ici de personnes vulnérables, peu renseignées, fragiles psychologiquement et donc susceptibles de prendre ces inepties pour argent comptant.

D’ailleurs, c’est sur ces personnes qu’elle capitalise pour faire son business et s’enrichir au vu de son site et de l’organisation qu’elle a monté.

Elle mélange tout : Freud en évoquant le complexe d’Oedipe, la spiritualité, la psychologie de bas étage, les emprunts à d’autres cultures, et ce sans complexe.


Enfin, le victim-blaming (blâmer les victimes pour ce qui leur arrive) évoqué en introduction s’est confirmé par petites touches durant tout le livre, mais surtout page 110.


Je ne m'étalerais pas ici sur les propos coloniaux qu'elle tient tout du long : cela tombe sous le sens lorsque l'on sait que la spiritualité new-age repose en réalité sur un conglomérat d'emprunts à plusieurs spiritualités autochtones sans aucun lien et vidées de leur essence réelle. Il s'agit d'une spiritualité white-washée, individualiste et capitaliste. Les approximations spirituelles et les commentaires stigmatisants et stéréotypés sur les "chamans péruviens" ne sont donc pas étonnants.



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