9 questions avec Jenny Burke de FANTÔME

Mis à jour : juin 13

FANTÔME est l'une des premières marques de maroquinerie végane que j'ai découvert. C'était au tout début de mon véganisme, lors de mon premier Veggie World à Paris.


J'ai été fascinée par le design des produits, ainsi que la matière utilisée : des chambres à air de vélo.

La démarche m'a énormément plu, zéro-déchet, upcycling, une fabrication locale et familiale. Mais aussi des produits avec un style incroyable et très affirmé. Rock.


J'avais aussi été surprise par le toucher de cette matière si atypique : très douce et ultra résistante.


Bref, j'avais craqué.


Suite à ma story Instagram sur cette marque, l'année dernière, j'avais pu échanger avec Jenny sur Instagram. Une très belle personne inspirante.


Je te propose donc de la découvrir au-travers de 9 questions ciblées sur elle, sa marque et sa vision de la mode !

crédits photos : Nicolas Demare a.k.a Nidimages


Quel est le concept de ta marque et depuis combien de temps existe-t-elle ? Pourquoi les chambres à air ?


FANTOME est une entreprise familiale composée aujourd’hui de mes parents - Michèle et Charles - et moi, Jennie.

Notre concept est de proposer une marque de maroquinerie sans cuir, éthique et made in France.

Après plus d’un an de mise en place (recherche, formation, création) nous avons sorti la première collection FANTOME en Octobre 2014 sur le salon MIF expo (salon dédié aux entreprises qui fabriquent en France). Nous voulons limiter l’utilisation de matières premières nouvelles pour limiter au maximum notre emprunte carbone. C’est ainsi que nous sommes venus à utiliser de la chambre à air de seconde vie à la place du cuir. C’est un matériaux très robuste, léger et facile d’entretien qui en plus a un rendu très chic.

Nous proposons également une gamme de vannerie en osier cultivé en France et chambre à air de vélo de seconde main.

Nous avons à coeur d’essayer d’intégrer le plus de végétal dans notre collection, c’est pourquoi nous avons développé une gamme de chaussettes à motifs, en lin majoritaire. Pourquoi le lin ? C’est une fibre qui est cultivée en France et qui nécessite beaucoup moins d’intrants que le coton ainsi qu’une irrigation proche de zéro.

Toutes nos collections sont conçues en France et fabriquées en France, soit dans notre atelier de la région bordelaise, soit chez nos collaborateurs ailleurs en France ( Nord, Bretagne, Alsace).

Chez FANTOME, vous êtes sûrs de trouver des articles véganes, made in France et réfléchis pour préserver le vivant.

Que faisais-tu dans la vie avant de te lancer ? Quel a été ton parcours ?


Quand j’étais petite, je rêvais d’être gardeuse de chats et montreuse de danse, plus tard vétérinaire, ensuite coiffeuse… Je n’avais pas d’idée bien tracée car j’aime toucher à tout. Et je crois que ce sont les touchés des différents textiles qui m’ont fait chavirer. C’est fascinant de savoir que d’un fil il y a des centaines de rendus possibles… droit, fluide, brillant, duveteux, lourd, frais… C’est ma mère qui m’a initiée à la couture et au tricot.

J’ai commencé des études de stylisme et modélisme, sans en terminer le cursus. J’ai adoré faire mes stages dans le costume de scène, mais je ne trouvais pas de réelle utilité à mes compétences. Je souhaitais retrouver mon ami habitant en région parisienne et travailler dans une entreprise « utile » . C’est ainsi que j’ai appris à faire des ceintures lombaires et à améliorer les soutient-gorges des femmes ayant eu un cancer du sein en devenant couturière en orthopédie.

Pour sûr, je me sentais plus utile, mais la créativité et la rêverie me manquaient.

Pendant ce temps, j’ai monté un groupe de rock et créé mon atelier de création de poupées de chiffons. C’est à ce moment où j’ai commencé à comprendre le potentiel du surcyclage de tissu. Puis, avec mes parents, on s’est associé autour d’un projet commun : une boutique où on pourrait proposer des articles réfléchis. la Boutique w.a.n. est née.

À force de rencontres et de réflexions, nous avons souhaité aller encore plus loin et concevoir notre propre marque, trouvant l’offre de sacs à partir de matières surcyclées pas tout à fait à notre goût, ni au goût français (les marques venant souvent d’autres pays, au style plus stricte ou complètement bariolé et bling bling).

Nous n’avons pas inventé le concept de réutiliser les chambres à air, cela se fait dans certains pays depuis que celle-ci existe, mais elle est peu réutilisée en France. Nous voulions proposer notre propre style, en surcyclant / recyclant au mieux du possible, sans produit issu de l’animal, et le plus local possible.

C’est ainsi qu’on s’est lancé tête baissé dans FANTOME :)

As-tu eu une prise de conscience qui t’a poussé à te lancer dans la mode végane ?


Comme vous avez pu le comprendre plus haut, j’aime les chats et les animaux de manière générale.

Ils m’apaisent et me donnent de la joie. Tout simplement.

Je suis devenue végétarienne à la majorité. J’ai arrêté de porter des vêtements d’origine animale quelques

années plus tard. Ensuite j’ai repensé ma consommation de cosmétiques : la plus locale et « Zero Déchet » possible et bien entendu végane. C’est à ce moment que nous avons créé FANTOME.

La dernière étape a donc été de passer à une alimentation 100% végétalienne.

Pour ma part, c’est une prise de conscience qui s’est faite assez tôt, je n’en ai pas vraiment le souvenir… et le cheminement s’est fait lentement mais durablement !

Le fait que mes amies devenues mamans revendiquaient le droit de nourrir leur enfants au sein partout où elles le souhaitent n’a fait que conforter mes choix.

Le tout est de comprendre l’industrie actuelle et ses lobbys. Il faut faire ses propres expériences et écouter son esprit et son corps. Certains sont arrivés à faire un renversement radical du jour au lendemain, d’autres comme moi mettrons peut-être plus de temps. Il ne faut pas que notre corps le perçoive comme un traumatisme mais plus comme une délivrance des dictats mensongers.

Il en est ainsi concernant le « Zero Dechet » et le « consommer local » .

Nous nous sommes lancé dans la mode végane par conviction, pour proposer une solution.

C’est toujours plus simple de se lancer quand il y a des solutions, non ? :D

J’ai fêté mes 3 ans de véganisme en avril et tout va pour le mieux ;)

As-tu vocation à agrandir l’entreprise ou rester à taille humaine/familiale ?


C’est une question étrange pour moi car vu mon parcours, je n’ai pas la vision des chefs d’entreprises formés à être chefs d’entreprise. Nous évoluons de manière slow chez FANTOME. Nous travaillons beaucoup, certes, mais ne souhaitons pas grandir trop vite. Nos bases sont solides et saines.

Il va falloir que nous grandissions bientôt, mais nous n’avons pas vocation à devenir une multinationale.


Une idée s’exprime à chaque fois qu’on me pose cette question :

Nos chambres à air sont actuellement récupérées proche de notre atelier dans la région bordelaise. Si l’atelier grandi tellement que les chambres à air récupérées localement ne suffisent plus, peut-être serait-il judicieux de monter un autre atelier, dans une autre région, pour récolter à nouveau localement les chambres à air… Affaire à suivre :)

Quelle est ta pièce préférée de toutes les collections de la marque ?


Ce n’est pas une question facile car si un modèle se retrouve dans nos collections c’est que nous l’aimons ! Par contre disons que le modèle IVY a une petite histoire qui me plaît.

Nous aimons être présents sur les salons ouverts aux particuliers pour rencontrer notre clientèle et collecter leurs ressentis, leurs besoins, leurs envies. Nous aimons faire évoluer notre gamme en fonction de la demande. C’est une démarche qui me paraît entrer dans une réflexion de mode durable. Plutôt que de s’essouffler à créer le désir, nous préférons passer notre temps à répondre aux demandes récurrentes de nos clients.

Deux ans avant de sortir le modèle IVY, une dame qui devait approcher les 70 ans m’a demandé si nous avions un modèle de sac banane. C’était une demande rare à l’époque et malheureusement je n’en avais pas. Puis les demandes se sont faites plus fréquentes, arrivant aussi par mail, sur les réseaux sociaux, et de la part de femmes de tous les âges, idem chez les hommes.

C’était donc un modèle pour toutes les générations qui se devait d’être pratique et élégant.

crédits photos : Nicolas Demare a.k.a Nidimages


Un défi de taille qui a mis du temps à sortir de l’atelier… Mais qui a un franc succès ! Et contre toutes attentes, c’est mon modèle fétiche. Il ne me quitte plus ! (avec le modèle Itsy Bisty, porte feuille minimaliste à l’intérieur).

Que penses-tu de la mode dans le système actuel ? Comment la changer : par une révolution ou petit à petit ?


La mode aujourd’hui est toujours un désastre du point de vue social et environnemental (deuxième industrie la plus polluante au monde). Elle a subit ces dernières décennies le fléau de la mondialisation, comme toute l’industrie de manière globale. Il a fallu à peine deux générations pour que notre pays se vide d’usines et de savoirs faire. La génération de mes grands parents achetaient Made in France, sans que cela soit un engagement. C’était comme acheter une salade verte aujourd’hui.

D’un autre côté, la prise de conscience de la part des consommateurs et des industriels a mis en place des labels, une bonne chose, parfois difficile à contrôler. Les fabricants toujours en place dans notre pays s’adaptent à de nouvelles matières, plus écologiques. La transformation des déchets textiles est un combat en plein essor.



Nous vivons une époque charnière où le client a le choix ( et non l’obligation peut-être future?) de consommer selon ses réflexions tout en ayant du style. Seconde main ? locale ? 100% végétale ? Moins ?

Mais à quel coût ? c’est sûr que le T-shirt Made in France de nos grand Parents n’était pas au prix qu’il est aujourd’hui…

Cependant, on peut se tourner vers une mode plus responsable, plus réfléchie. Car n’oublions pas que tout est lié. Le T-shirt neuf à 5 euros n’est peut-être pas cher mais il a été fabriqué avec des plantes cultivées aux pesticides (qui appauvrissent les sols), teinté avec des produits chimiques (qui ont dévasté des rivières), confectionnés par des personnes sous payées, et ensuite porté sur notre peau qui va absorber les substances nocives… Et nous en sommes qu’à la moitié de la vie de ce T-shirt à 5 euros.

C’est une révolution de s’affranchir des dictats de la mode. Je n’attends rien des « instances » car nous attendrions trop longtemps. Je pense que cette révolution est à faire en tant qu’individu. Il faut se rapprocher de « éthique sur étiquette » et de « fashion révolution » : s’informer ! C’est tout comme s’affranchir de l’exploitation des animaux. Un procès qui doit être réfléchi pour ne pas être vécu comme une frustration mais au contraire, une manière durable d’être en accord avec ses valeurs.

N’oublions pas les 4 R qui aident lors de compulsivité :)

Refuser / Réduire

Réutiliser

Réparer

Recyler / Surcycler


crédits photos : Nicolas Demare a.k.a Nidimages


Plutôt seconde-main ou mode éthique neuve ?


Dans mes vêtements fétiches il y a les deux.

J’essaie de privilégier la seconde main, mais par exemple pour les chaussures, je préfères acheter du neuf.

J’aime également soutenir des petites marques qui se donnent autant de mal que nous… Alors définitivement, les deux !

Pour l’achat de nouvelle pièces, j’essaie de faire confiance aux marques transparentes sur les matières utilisées et les conditions de travail des employés.

Et pourquoi pas du neuf avec de la seconde main ? Oui c’est possible :)

Penses-tu qu’il soit possible de qualifier d’« éthique » une marque de mode qui utiliserait de la laine, du cuir, de la soie … (non-végane quoi) ?


Pour moi, l’utilisation de matières existantes est ce sur quoi il faut plancher aujourd’hui. Nous produisons tellement. Tellement de coton, tellement de plastique (polyester etc…), tellement de laine… Toutes les poubelles débordent !

il y a pour moi beaucoup de catégories :

- les marques qui utilisent de la laine, du cuir, de la soie neuve.

- les marques qui utilisent des matériaux neufs sans matière d’origine animale

- les marques qui utilisent que des matières neuves et biodégradables (donc les matières d’origine animale peuvent être inclues)

- les marques qui utilisent des matières neuves et biodégradables sans matière d’origine animale.

- les marques qui utilisent les matériaux déjà présents sur notre planète, laine, cuir soie inclus.

- les marques qui utilisent les matériaux déjà présents sur notre planète sans matières d’origine animale.

- les marques qui utilisent les matériaux déjà présents sur notre planète entièrement biodégradable.

- les marques qui utilisent les matériaux déjà présents sur notre planète et biodégradables sans matière d’origine animale.

Pour moi, il n’y a pas que le problème de l’origine animale de la matière. Savez-vous que dans plus part des fibres recyclées issues du textile, il y a un pourcentage « autres fibres ». Elles peuvent être autant du Lurex que de la laine. Donc c’est assez complexe d’être « irréprochable », faute au manque de transparence.

Cela en choquera surement plus d’un mais si j’ai un choix à faire, je me dirigerais vers une marque qui utilise des matières animales de seconde main retravaillées plutôt qu’une marque qui utilise une matière plastique (et ses dérivés) neuve.

Nous devons réduire nos déchets, en achetant moins, mais également en réutilisants plus.

Allier véganisme, production locale et zéro déchet et parfois un casse tête mais on s’y fait :)


Pour terminer, quelle autre marque ou créateur/trice de mode éthique adores-tu ?


Justement, on parle de faire du neuf avec du vieux et cette marque y arrive à merveille, avec un style très affirmé : Fade Out Label . J’ai deux pièces, elles résistent à tout !

J’aime aussi cette marque française de chaussures ultra confort : Ector. Elle propose des sneakers en bouteilles plastiques recyclées. Testé et approuvées !



crédits photos : Nicolas Demare a.k.a Nidimages

Je m'appelle Emma, j'ai 23 ans.
Minimaliste, végane et féministe décoloniale.


Je parle de mode, un secteur qui rassemble de nombreux systèmes d'oppressions.

J'ai décidé de déconstruire ces structures et de créer la mienne.
J'ai décidé de quitter le salariat et vivre de ce qui me fait vibrer.

J'ai décidé d'oeuvrer pour une société plus éthique et d'y créer ma place.

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